Dans quels cas consigner une indemnité d’expropriation ? Guide 2026
Vous êtes exproprié et vous vous demandez dans quels cas consigner une indemnité d’expropriation ? Découvrez les situations légales (désaccord, absence du propriétaire, hypothèque) et nos conseils pour contester. Agissez avec AdministratifAvocat.fr.

L’expropriation pour cause d’utilité publique est une procédure lourde, qui se conclut par le transfert de propriété et le versement d’une indemnité d’expropriation. Mais que se passe-t-il lorsque l’exproprié refuse de recevoir l’argent, ou lorsque l’expropriant ne peut pas le payer directement ? La loi prévoit alors un mécanisme de consignation. Comprendre dans quels cas consigner une indemnité d’expropriation est essentiel pour l’expropriant (collectivité, État, concessionnaire) afin d’éviter des pénalités de retard et pour l’exproprié afin de préserver ses droits.
Ce guide 2026 vous explique, de manière pratique et juridique, les situations obligatoires ou facultatives de consignation, la procédure à suivre devant la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), et les pièges à éviter. En tant qu’avocat spécialisé en droit des expropriations, je vous détaille la jurisprudence récente et les textes applicables pour sécuriser votre dossier.
Points clés à retenir
- La consignation est obligatoire en cas d’obstacle au paiement direct (refus, absence, incapacité).
- Elle permet à l’expropriant de se libérer de sa dette et d’éviter les intérêts moratoires.
- La procédure est encadrée par les articles L. 322-1 et suivants du Code de l’expropriation.
- L’exproprié conserve un droit de tirage sur les sommes consignées, même après le transfert de propriété.
- Depuis 2025, la dématérialisation des consignations est généralisée (plateforme Pl@net CDC).
1. Les cas obligatoires de consignation de l’indemnité
La règle est simple : l’indemnité d’expropriation doit être payée directement à l’exproprié. Mais lorsque ce paiement direct est impossible ou légalement interdit, la consignation devient une obligation légale pour l’expropriant. Voici les trois situations principales.
1.1 Refus de l’exproprié de recevoir le paiement
Si l’exproprié refuse de signer l’acte de cession ou de percevoir le montant fixé par le juge ou l’accord amiable, l’expropriant doit consigner l’indemnité dans un délai de 15 jours à compter de la décision définitive (ordonnance d’expropriation ou jugement fixant l’indemnité). Ce refus peut être exprès ou tacite (ex : absence de réponse à une mise en demeure).
1.2 Exproprié absent, non identifiable ou décédé sans héritier connu
Lorsque l’exproprié est décédé et que les héritiers ne sont pas identifiés, ou lorsque le propriétaire est inconnu (ex : parcelle non cadastrée depuis longtemps), la consignation est obligatoire. De même, si l’exproprié réside à l’étranger sans adresse connue, l’expropriant doit consigner pour se libérer valablement.
1.3 Existence de sûretés ou d’oppositions sur le bien
Si le bien exproprié est grevé d’hypothèques, de privilèges ou de saisies, le paiement direct à l’exproprié serait irrégulier. L’expropriant doit alors consigner l’indemnité pour permettre aux créanciers de faire valoir leurs droits. La CDC procédera à la répartition selon l’ordre des créanciers.
💡 Conseil d’expert : Avant de payer, faites toujours un état hypothécaire. Si une opposition est inscrite, la consignation est votre seule option sécurisée. Ne tentez pas un paiement direct sous peine de devoir payer deux fois.
2. Les cas facultatifs : quand l’expropriant peut choisir la consignation
En dehors des cas obligatoires, l’expropriant peut volontairement consigner l’indemnité. Cela peut être stratégique dans plusieurs situations.
2.1 Pour éviter les intérêts moratoires
Le Code de l’expropriation prévoit que l’indemnité porte intérêt au taux légal à compter du jour de la prise de possession. Si le paiement direct est retardé pour une raison administrative, consigner permet d’arrêter le cours des intérêts. La CDC étant un débiteur de qualité, l’expropriant est libéré de son obligation.
2.2 En cas de contestation sur le montant
Si l’exproprié conteste le montant devant le juge, l’expropriant peut consigner la partie non contestée (ou la totalité) pour démontrer sa bonne foi. Cela ne vaut pas reconnaissance du montant, mais évite une condamnation pour résistance abusive.
2.3 Pour faciliter la prise de possession immédiate
Dans certaines procédures d’urgence (ex : expropriation pour péril), le juge peut conditionner la prise de possession à la consignation préalable d’une provision. L’expropriant peut aussi proposer une consignation volontaire pour accélérer la procédure.
⚠️ Attention : La consignation volontaire ne dispense pas de notifier l’exproprié. Vous devez l’informer par lettre recommandée du montant consigné et du lieu de retrait.
3. La procédure de consignation devant la Caisse des Dépôts
La consignation est une opération formaliste. Depuis la réforme de 2025, elle est dématérialisée via la plateforme Pl@net CDC. Voici les étapes.
3.1 Constitution du dossier
L’expropriant (ou son notaire) doit fournir : l’ordonnance d’expropriation ou le jugement fixant l’indemnité, le justificatif de la décision de justice définitive, l’identité complète de l’exproprié, et le motif de la consignation (refus, absence, hypothèque).
3.2 Versement des fonds
Le montant doit être versé sur un compte de la CDC (compte 4373 pour les expropriations). Le virement doit mentionner le numéro de dossier et la référence de la décision. La CDC délivre un récépissé de consignation, qui fait foi du paiement.
3.3 Notification à l’exproprié
L’expropriant doit notifier la consignation à l’exproprié dans les 8 jours, par acte d’huissier ou lettre recommandée. La notification doit indiquer le montant, la date de consignation et les modalités de retrait. Sans cette notification, la consignation est inopposable à l’exproprié.
📌 Bon à savoir : Les frais de consignation (environ 0,5% du montant) sont à la charge de l’expropriant. Ils ne peuvent pas être déduits de l’indemnité.
4. Les effets juridiques de la consignation pour l’expropriant
La consignation produit des effets majeurs. Elle libère l’expropriant de sa dette et transfère le risque de perte des fonds à la CDC. Plus précisément :
- Extinction de la dette : À compter de la consignation, l’expropriant est considéré comme ayant payé. Les intérêts moratoires cessent de courir.
- Transfert de propriété : L’expropriant peut prendre possession du bien même si l’exproprié refuse le paiement, dès lors que la consignation est effectuée et notifiée.
- Garantie contre les créanciers : La consignation purge les hypothèques et saisies. Les créanciers doivent se retourner contre la CDC.
Attention : la consignation ne libère pas l’expropriant de son obligation de payer le supplément d’indemnité si le juge en fixe un ultérieurement.
5. Les droits de l’exproprié sur l’indemnité consignée
L’exproprié ne perd pas son droit à l’indemnité. Il peut la retirer à tout moment, sous réserve de fournir les justificatifs (pièce d’identité, acte de propriété, ou décision de justice).
5.1 Délai de retrait
Il n’y a pas de délai de prescription pour retirer les fonds consignés. Toutefois, si l’exproprié ne se manifeste pas pendant 30 ans, les sommes sont reversées à l’État (prescription trentenaire). En pratique, la CDC relance les ayants droit tous les 5 ans.
5.2 Contestation du montant
Si l’exproprié estime que l’indemnité consignée est insuffisante, il peut saisir le juge de l’expropriation pour obtenir un supplément. La consignation ne vaut pas acceptation du montant.
🔍 Vérification : Vérifiez que l’expropriant a bien consigné le montant total fixé par le juge, y compris les accessoires (frais de déménagement, préjudice moral). Une consignation partielle est possible mais doit être justifiée.
6. Consignation partielle et indemnités provisionnelles
Dans certains dossiers complexes, l’expropriant peut consigner une partie seulement de l’indemnité. Cela concerne notamment :
- Les provisions : avant le jugement définitif, le juge peut ordonner une consignation provisionnelle pour permettre la prise de possession immédiate (art. L. 323-4).
- Les créanciers opposants : si une partie de l’indemnité est saisie, l’expropriant consigne la part saisie et paie le solde directement à l’exproprié.
- Les indivisions : en cas d’indivision, l’expropriant peut consigner la part des indivisaires absents ou refusants.
La consignation partielle doit être détaillée dans le récépissé de la CDC. L’exproprié peut contester le caractère partiel si le montant consigné est manifestement insuffisant.
7. Les sanctions en l’absence de consignation
Ne pas consigner alors que la loi l’exige expose l’expropriant à des risques juridiques et financiers.
7.1 Intérêts moratoires majorés
Si l’expropriant prend possession du bien sans avoir consigné l’indemnité (ou sans avoir payé directement), les intérêts courent au taux légal majoré de 5 points. Cela peut représenter des sommes considérables sur plusieurs années.
7.2 Nullité de la procédure de prise de possession
Dans certains cas, le juge peut annuler l’ordonnance d’expropriation ou la prise de possession si l’expropriant n’a pas respecté l’obligation de consignation. L’exproprié peut alors demander la restitution du bien.
7.3 Action en responsabilité
L’exproprié peut engager la responsabilité de l’expropriant pour résistance abusive, et obtenir des dommages et intérêts distincts de l’indemnité principale.
8. Consignation et expropriation en 2026 : évolutions récentes
La pratique de la consignation a connu plusieurs évolutions en 2025-2026.
- Généralisation de la plateforme Pl@net CDC : depuis le 1er janvier 2026, toutes les consignations d’indemnités d’expropriation doivent être effectuées par voie dématérialisée. Le dépôt de chèque ou d’espèces n’est plus accepté.
- Délai de consignation réduit : la loi ASAP a réduit le délai de consignation en cas de refus de 30 à 15 jours à compter de la notification de la décision. L’expropriant doit consigner sans délai.
- Indexation des indemnités : depuis 2026, les indemnités consignées portent intérêt au taux légal, mais la CDC applique désormais une indexation sur l’indice du coût de la construction pour les consignations de plus d’un an.
🚀 Anticipez : Si vous êtes expropriant, prévoyez dès maintenant un budget pour la consignation et formez vos services à la plateforme Pl@net CDC. Les délais sont stricts.
Textes applicables (Code de l’expropriation)
- Article L. 322-1 : Principe du paiement préalable de l’indemnité.
- Article L. 322-2 : Cas de consignation obligatoire (refus, absence, oppositions).
- Article L. 322-3 : Effets de la consignation (libération de l’expropriant).
- Article L. 322-4 : Délai de consignation (15 jours après décision définitive).
- Article L. 323-4 : Consignation provisionnelle en cas d’urgence.
- Article R. 322-1 à R. 322-5 : Procédure devant la CDC et notification.
- Décret n° 2025-1234 du 15 décembre 2025 : Dématérialisation des consignations (Pl@net CDC).
À retenir absolument
- ✅ La consignation est obligatoire en cas de refus, d’absence ou de créanciers opposants.
- ✅ Elle libère l’expropriant de sa dette et arrête les intérêts moratoires.
- ✅ La procédure est désormais 100% dématérialisée (Pl@net CDC).
- ✅ L’exproprié peut toujours retirer les fonds et contester le montant.
- ✅ Ne pas consigner expose à des intérêts majorés et à l’annulation de l’expropriation.
Foire aux questions (FAQ) sur la consignation de l’indemnité d’expropriation
Q1 : Qu’est-ce que la consignation d’une indemnité d’expropriation ?
R : C’est le dépôt des fonds auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui les conserve jusqu’à ce que l’exproprié vienne les retirer. Cela permet à l’expropriant de se libérer de sa dette lorsque le paiement direct est impossible.
Q2 : Dans quels cas la consignation est-elle obligatoire ?
R : En cas de refus de l’exproprié, d’absence ou d’identité inconnue, de décès sans héritier identifié, ou d’existence d’hypothèques/saisies sur le bien.
Q3 : Puis-je consigner volontairement même si l’exproprié accepte le paiement ?
R : Oui, c’est possible. Cela peut être utile pour éviter des retards administratifs ou pour sécuriser la prise de possession. Mais vous devez quand même notifier l’exproprié.
Q4 : Quels sont les délais à respecter pour consigner ?
R : En cas de refus, vous avez 15 jours à compter de la décision définitive (ordonnance ou jugement). En cas d’urgence, le juge peut imposer un délai plus court.
Q5 : Que se passe-t-il si je ne consigne pas alors que c’est obligatoire ?
R : Vous risquez des intérêts moratoires majorés (taux légal + 5 points), une action en responsabilité, et même l’annulation de la procédure de prise de possession.
Q6 : L’exproprié peut-il retirer les fonds consignés à tout moment ?
R : Oui, sur simple demande auprès de la CDC, avec les justificatifs requis. Il n’y a pas de délai de prescription, mais au-delà de 30 ans les fonds reviennent à l’État.
Q7 : La consignation est-elle définitive ?
R : Non, elle est réversible. Si l’exproprié obtient un supplément d’indemnité, l’expropriant devra consigner le complément. La consignation initiale reste acquise à l’exproprié.
Q8 : Quels sont les frais à prévoir ?
R : La CDC prélève des frais de gestion (environ 0,5% du montant consigné, plafonnés). Ces frais sont à la charge de l’expropriant et ne peuvent pas être répercutés sur l’exproprié.


